C'est une odeur de haie. Puis le gout d'une chouquette toute plate. Sur les galets, une silhouette de profil installée dans sa chaise basse, bob, bedaine et informations dieppoises. Le jet de la douche que le vent fait partir en biais. L'étendu menthe à l'eau et les bouées jaunes. Le son de cloche de l'église toute proche. Le nail art de la vendeuse de chouquettes. Des familles bronzées-rouge qui se claquent la bise entre deux files à la caisse du carrefour d'Offranville, pastis, coca et doritos. Le concept du pack de cristalline. Les plaques rouges (sur les voitures) des riches touristes belges. Les chaussures de plage encore humides. Les vaches. Les hortensias. Le vert des talus et les nuages qui filent. Le ciel. La mer. La belle vie.
Monday, July 22, 2024
Monday, July 3, 2023
arriver / ankommen
Varengeville. Tout est beau ici. Mon âme réagit à l'inverse d'une huître arrosée de jus de citron : par un mouvement d'expansion, de dilatation soudaine et joyeuse. "Hier bin ich Mensch, hier darf ich's sein."
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Idée de série photo : les parents penchés sur les lits parapluie de leurs petits, manquant de basculer. Embrasser une joue dodue devient un exercice acrobatique pour lequel un gainage quotidien n'est pas inintéressant. Les berceuses ont un air étranglé quand elles sont chantées tête plongée.
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J'ai deux langues et aucune ne convient. Je ne sais pas comment habiller mes mots. Alors ils vont nus, et ils brûlent dedans comme des embryons de possibles. Ils existent mais pas vraiment, parce qu'à la sortie, il faut choisir et ils veulent aller ailleurs et surtout partout en même temps.
Tuesday, January 17, 2023
conversation par une fenêtre
Dès le début, cette conversation a eu une ponctuation particulière, plus visible que d’accoutumée. Les gouttes d’eau sur la vitre dégoulinaient sans interruption, dans une tentative de noyer nos mots, de les lier, de les souligner, mais c’est prêter beaucoup d’intention à la pluie.
Côté sec, je me plongeais dans ton regard avec toute l’insistance nécessaire pour oublier le wagon, la toux du voisin, le cliquetis de clavier de la jeune entrepreneuse. De l’autre côté de la vitre, côté humide donc, tu n’avais pas prévu de quitter le quai. Mes yeux semblaient dotés d’une loupe, je te voyais en grand à travers les gouttes, le grain de ta peau, le dessin de tes sourcils et toute l’intensité de tes prunelles bleu nuit.
C’est toi que j’attends, tu sais. (Oui je savais.) La célébrité, je m’en fous, pour toi je serais prêt à tout quitter. Ce n’est pas une vie, d’être égérie. Je ne l’aime même pas, ce parfum. (Ah bon ? Moi je l’aime !) C’est que tu l’imagines être le mien. Mon odeur est toute autre. J’aimerais que tu puisses venir poser ta tête dans mon coup. Tu es belle.
Alors que je me préparais à entendre la plus belle déclaration de ma vie, j’ai senti un gros coup dans mon tibia. Oh pardon, désolé, il est très encombrant ce sac, héhé. Je m’en foutais de son sac, je me suis frottée la jambe l’air courroucé, pressée de reprendre notre conversation. (Tu disais ?) Que tu étais belle. (Tu trouves vraiment ?)
« Mesdames, mes demoiselles, messieurs le TGV à destination de Paris Gare de Lyon va partir, attention à la fermeture des portes. » Le train s’est ébranlé et tu es resté de marbre, comme convenu, derrière ta vitre à toi, rétroéclairée 24h sur 24. Ton regard s’est mis à flotter dans le vide, au fur et à mesure que je me décalais. J’ai eu le temps de voir une femme s’adosser à toi, au niveau de ton menton, sur la fossette, flanquée de sa grande valise et de sa poussette.
Aux premiers hangars de banlieue, mon voisin de droite avait enfin fini par caser son sac démesuré sous son siège. Il me fixait, décidément très présent. Un café au wagon bar, ça vous dit ? Des gouttes de sueur perlaient sur son front, dont une qui s’est mise à dévaler sa tempe. Oui, j’ai dit.
(Texte écrit pour l'atelier d'écriture de La Cordée Annecy)
univers parallèle
A priori, je n’en connais aucun : parallèle, ça veut dire que la trajectoire de cet autre univers ne croise jamais la mienne. Deux lignes droites qui se côtoient, peut-être infiniment proches, mais vouées à ne jamais se toucher. Des existences parallèles, il y en a plein. Mais des univers ? Un univers parallèle peut-il se manifester et venir toquer à notre porte, sans risquer que l’on s’y engouffre et que tout finisse par se mélanger dans un phénoménal déséquilibre ? Tout ça devient carrément métaphysique et me donne mal au cœur.
Ce que je sais, c’est que la mère de mon grand-père allemand a su précisément quand son fils est mort au combat. Et on peut dire qu’il ne l'avait pas prévenu. Je vous explique. Le grand frère de mon grand-père, donc mon grand-oncle, n’a pas eu la chance de mon grand-père, il n’a pas survécu à la guerre qu’on lui imposait. Le jour de sa mort, sa mère, mon arrière-grand-mère donc, était au champ. Je l’imagine avec une fourche ou une faux à la main. Il paraît qu’elle s’est brusquement relevée, épouvantée, parce qu’elle avait distinctement entendu la voix de son fils aîné raisonner dans sa tête : “Mutter ! “ Comme s’il était à ses côtés, alors qu’il était à des centaines de kilomètres, quelque part en Champagne française. Deux semaines plus tard, la Feldpost a confirmé le jour et l’heure à laquelle Franz avait été touché. Concordance des temps entre univers parallèles.
Depuis, je crois qu’il existe une fréquence spéciale qui nous permet parfois, en quelques rares circonstances, de nous brancher sur d’autres univers que le nôtre, sur des univers qui ne sont pas régis par les mêmes lois. Où une mère et son fils sont proches en étant loins, où la mort n’est qu’un changement d’état anecdotique, comme on passe de l’eau à la vapeur. Il ne faut pas avoir peur d’être sensible pour frôler ces univers à fleur de peau.
Monday, May 23, 2022
cuisine_02
Cette cuisine n’est pas une pièce mais un passage obligé. Une entrée où l’on débouche depuis le jardin, dans laquelle s'invite le petit fils comme la voisine ou le sapeur-pompier et son calendrier.
Elle est cuisine parce qu’on y cuisine – la table, le réfrigérateur, le buffet, tous ces objets sont ailleurs, dans l’annexe, si l’on veut, mais pas dans la cuisine qui est ce que l’on qualifierait en allemand, langue si pratique, d’une « Kochnische » : un recoin fait d’un plan de travail et d’un évier.
Des carrelages jaunes et bleu, des surfaces blanches. Beaucoup de grosses éponges que Mamy ébouillante régulièrement comme des crustacés, un énorme savon de Marseille posé en paquebot gluant sur le rebord et qui à coup sûr glisse dans la cuvette. Toujours ce système de double bac, la cuvette, puis l’évier. Je n’ai jamais bien percée la logique.
La grande poubelle, le bruit de la pédale grinçante et le sac plastique qui se froisse avec des arrêtes restées collées. Ça sent l’eau de Javel quand il y a ménage.
Vers midi, je flaire le poisson frais que j'accepte de regarder en face une fois qu'il est cuit, ou les petites pommes de terre rissolées au beurre, inégalées.
Sur le crochet à droite, le tablier fin bordé de rouge, avec une grande poche devant, remplie de sopalin plus ou moins utilisé. Dans le placard, le moulin à persil que Mamy aime utiliser quand elle ne cisèle pas de la queue verte. J’ai compris beaucoup plus tard que tout le monde disait ciboulette. Pas de planche à découper, mais la pulpe du pouce tailladée, tout se découpe directement de la main à la poêle.
Des plaques à induction sur lesquelles je pose une main à 6 ans – cloques. En face des plaques, dans le dos de Mamy et de son pot de crème fraîche, un miroir tout en long où j’adore prendre la pose. Juste à côté, une petite marche pour accéder au salon. J’aime m'y caler avec un livre ou juste pour attendre avec RTL en bruit de fond, petite fille qui ne veut pas être dérangée mais qui veut bien déranger tout le monde en forçant les autres à l’enjamber. Très pratique aussi pour nouer ses lacets. De là, je cale mes pieds sur le tuyau du chauffage qui court le long du mur, près du calendrier où Mamy fait avancer chaque jour un repère en plastique fluo sur la bonne date. Beaucoup de listes de courses dans cette cuisine, sur des bouts de papier cartonné, des stylos bic transparents et des blocs notes fantaisistes.
Toujours dans la cuisine, le vanity case de Mireille, le coffre au trésor. Elle le laisse là, posé entre le gros sel et les feuilles de laurier, pour se refaire une beauté après le déjeuner. Vu que la salle de bain aussi débouche sur la cuisine, c’est pratique. J’y pioche un rouge à lèvres, je caresse la houppette colorée d’une poudre orangée, je n’arrive pas à bien me coiffer les cheveux avec cette brosse en forme de bigoudi géant qui convient aux courtes mèches argentées de ma grand-mère et pas à mes boucles. Je dérange et re-range une lime à ongle dont l’intérêt me semble extrêmement limité.
Quand Mamy est dans la cuisine, personne d’autre n’accède aux plaques ou aux placards, et je suis obligée de lui faire des câlins par derrière, calant ma tête au fil des âges dans ses fesses, sa taille, son dos, ses épaules arrondies, sa nuque parfumée pour la faire rigoler.
Papy passe son temps à passer par la cuisine, il est en route du salon à la salle à manger, de la salle de bain à la penderie, rien qu’une courte halte devant la glace pour bien peigner et caler ses cheveux puis son béret. Il aime trainer un peu des pieds, ce qui n’enlève en rien à son élégance dans ce virage de cuisine serré. Je valse avec lui devant la glace, sur place, grande classe.
Arrivées d’Allemagne, ma sœur et moi passons en coup de vent pour filer directement dans nos chambres à l’étage, découvrir les cadeaux que ma grand-mère a installé sur nos lits. Passage par la case cuisine.
La suite ? Papy chute, Papy meurt, Mamy chute, Mamy se remet, Mamy vend la maison. J'écris.
Saturday, May 22, 2021
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C'est une histoire d'oeillets increvables. Elle (ou ils) dure depuis 3 semaines. Le temps ne leur a fait ni chaud ni froid, j'ai même vérifié s'ils n'étaient pas en plastique. Certains boutons, en forme de petits crayons de couleur rose bien taillés, ne sont d'ailleurs toujours pas ouverts. Ils sont dans le vase comme un poisson dans l'eau. Au bout des tiges rigides comme des fusils, les fleurs. Quelle tenue ! 10/10.
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Le temps... Piers Faccini dit à la radio qu'une bonne chanson prend du temps. Sinon, c'est comme si le roman restait une carte postale.
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On m'a offert une brique de Rimbaud, cadeau, attrape, bim, toi qui aime la poésie! L'intégrale des manuscrits. Très beau. Vraiment. Très impressionnant. Comme l'impression qu'il faudrait une sorte de monument autour. En attendant, il est au salon comme à l'autel. Confort.
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Leonard Cohen dit que la création sert à faire ouvrir le coeur, et pourquoi pas tous les coeurs du monde. J'aime cette idée d'une porte qui nous est offerte à la naissance.
Tuesday, August 18, 2020
toute girolle
Gagnée par la montagne ou rendue à la montagne. Syndrome de Stockholm qui me fait aimer mon lieu de confinement. La comparaison s'arrête là, nulle autre prison que mon propre mental, au contraire, des sommets partout, encourageants à ouvrir tout en grand et à laisser circuler les soucis comme les nuages, tout est de passage et cela fait partie de la beauté de ce... de cette... vie ! Dans laquelle nous sommes, toujours nous-même, et à chaque instant différents.
La montagne rend spirituelle. La montagne rend philosophe. La montagne fait ressentir ce que c'est d'être vivant, d'être terrien. C'est le propre des grands espaces, de la nature quand elle n'est pas bétonnée. Pas besoin de retraite de Yoga à Majorque pour s'en rendre compte.
Et puis le ciel étoilé. Et puis la rosée du matin. Et puis l'ombre des nuages sur l'herbe. Et puis le Mont-Blanc qui joue à cache cache. Et puis le vert qui vire au jaune sur les sommets dégarnis. Et puis les framboises. Et puis les girolles. Et puis le linge au balcon du chalet. Et puis la lumière de 20h16. Et puis...
Voilà, la montagne.
Tuesday, September 3, 2019
Notes floues
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Bonheur = se lever de bonne heure (s'étant couché tôt)
C'est pas sorcier
Thursday, June 20, 2019
horoscope
Merci Rob Brezsny pour des horoscopes toujours on ne peut plus dans le mille