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Monday, June 20, 2022

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Est-il indien ? Sri-Lankais ? Petit, bronzé, dodu, cheveux fins et blancs sous béret beige, ce monsieur ne parle ni français ni anglais. Il voyage en train de Paris à Annecy et ne cesse de photographier le paysage, toujours à des moments improbables. Un parking désaffecté de la banlieue de Chambéry. Clac. Une zone industrielle vers Aix-les-Bains. Clac clac. Des pavillons à l'abandon. Clac clac clac. Il rate l'infini des champs de blé vers Mâcon et le lac d'Aiguebelette en fin d'après-midi.

Friday, May 6, 2022

!

Quand depuis la fenêtre de ton espace de coworking tu aperçois un arrêt de bus avec une publicité pour la Grande Fête du Reblochon Fermier (en majuscules), tu sais que tu n'es plus à Paris.

Thursday, April 14, 2022

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Paris et ses angles d'immeubles perchés qui prennent le soleil plus longtemps que le commun des mortels, qui trottent en contre-bas. Ce serait dommage de passer une vie à se passer de vue : il faut monter dans les étages pour caresser les murs du regard et le laisser glisser vers le ciel. 

Thursday, November 4, 2021

moby dick

Un vieux monsieur avec un sac en plastique blanc qui colle son téléphone portable à l'oreille, il se positionne pile face à la porte du métro qui s'ouvre. Les gens sortent sur le quai comme les mots d'une grande gueule. Il n'entend plus rien, ne bouge pas, laisse s'écouler le flot avant de viser le premier siège libre et de reprendre sa conversation dans le ventre de la rame.

Tuesday, September 28, 2021

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Je sais que je vais quitter Paris dans pas longtemps. Alors je suis piétonne autant que je peux. Après avoir tant été cycliste ! L'un n'empêche pas l'autre - enfin, depuis la fin du confinement, il y a débat... Cette ville ne se dévoile vraiment qu'à celui qui l'arpente. 

J'y plonge et je suis surprise à quel point elle m'est devenue familière. Prenons le boulevard Magenta, il est devenu un maître étalon, en y passant je mesure les écarts, les avancées de ma propre vie. Toutes les petites rues perpendiculaires, où des enfants jouent en terrain complètement inapproprié en criant des phrases d'adultes, où l'on risque de se prendre la pluie d'un géranium et le trottoir en prime parce que justement la bande de ciel accessible était mouchetée... 

C'est un labyrinthe dont le plan s'est imprimé en moi, j'y marche au radar, de préférence les mains dans les poches, en tout cas sans sac, pitié, pas de sac. Légère et sportive si en basket, légère et fière si en talons. Quelle ville de pourris gâtés. Où l'on se fait livrer des plats pour son chat, où arrivent des huitres de Cancale et où les vins naturels coulent en terrasse. Quelle ville pour encaisser autant de destins, ouvrant, fermant, ouvrant des portes parallèles partout. Tout est si compact, le soir la poudre de Paris teinte grisâtre ne s'enlève qu'après trois cotons imbibés. 

Paris à grands pas, qui sait tant de choses sur moi que j'en frémis. Combien de mois nous reste-il ? 

Thursday, June 10, 2021

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La chemise bleu ciel de banquier milanais, au col rigide, avec cette espèce de long pan arrière, pensé pour se coincer entre le chino et le derrière bien moulé. Pour homme ? Pour moi. Rien de tel.

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La plupart des roses jaunes ont la tête tombante de la captivité, un air vaseux, indice du degré de fête dans le vase. Le petit noeud en raffia n'y fera rien, c'est la fin d'une razzia, elles ont rendu leurs armes, entre tiges désépinées. Leurs boutons pendent par dessus le bord en tristes petite bouées. L'assiette de fruits à l'air plus vivante.

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La douceur de presque l'été et un cerveau qui ne peut pas faire autrement que de décélérer. Je suis déjà sur la bretelle, je sens l'appel des petites routes. Je rêve de platanes au fin fond du mois d'août.

Monday, May 24, 2021

#

Il n'y a pas de petites joies. Aujourd'hui :

Lire le nom "Krousti Alkistis" sur la boîte aux lettres d'un voisin et imaginer un traiteur grecque au 3ème. #feta

Mettre un nom sur le générique de l'enfer qui retentit entre 3 et 9 fois par jour/nuit depuis l'étage du dessus. Je les ai coincés dans la cage d'escalier. "Excusez-moi, on craque, dites-nous, c'est quoi ?!!". Apparemment ce serait donc The Office qui nous cause des allergies auditives depuis 1 mois. #bingewatching

Saluer d'une grimace entendue en passant à vélo la petite vieille décoiffée qui promène ses chiens rue des Rondeaux - deux vies, même bourrasque, même raz-le-bol météorologique. #bigoudi

Scruter les gens installés en terrasse. Qui sont ces gens ? Avec la réouverture, le rapport de force s'est inversé, c'est l'arroseur arrosé. Les passants piétons observent ces pionniers parisiens du Perrier rondelle, objets de curiosité, juste le temps que l'on reprenne les bonnes vieilles habitudes. #paris

Sunday, May 23, 2021

jus

Je sais maintenant me servir en toute autonomie du presse-orange de Franprix - c'est à la base ce qui est prévu avec ce genre de dispositif, certes. Mais jusqu'à présent l'installation m'a toujours valu des conversations lunaires avec les équipes sur site, des mains poisseuses, des chutes de sopalin inconsidérées, des bouchons perdus, des attaques d'oranges sauteuses, etc. 

Aujourd'hui, tout allait bien. Ida, vuelta, zumo, naranja. Je craque autant pour les vitamines que pour la couleur - c'est un parfait accessoire de mode cette bouteille, surtout quand on porte quasi exclusivement du bleu marine. On aime sa forme simplissime, sa transparence, la couleur de son bouchon. C'est le soleil, la joie, la promesse d'un jour radieux. Autant vous dire que je m'agrippe à cette bouteille ! 

(Ça me fait penser : c'est un peu le genre d'effet que me font les sacs en papier kraft dans les films américains, qui font rêver de matins à Manhattan, quand il ou elle va faire des courses sommaires un dimanche matin en jogging et rapporte le café.)

J'en reviens au jus : une baby bouteille pour moi, mon baby à moi étant à la montagne ce weekend, et du coup un signe faussé à ce passant qui me scrute et doit se dire "célibataire, petite bouteille en solo, pas de doute". Héhé. 

Monday, January 4, 2021

mythe

Beethoven nous a suivis à Paris. Il nous calme, ici aussi. Un retour à la capitale qui ne semble pas du tout capitale dans nos vies. La fin des vacances, le vague à l'âme. Quel est déjà notre travail ? Après deux semaines à la montagne, comme deux wagons raccrochés au train du confinement, avec des randonnées à ski tous les jours, un feu qui crépite, la neige qui grince, des grandes tablées, des grands sommets... on ne se rappelle plus. 

Le Mont-Blanc ne s'est pas montré, ou à peine. Un mythe. Mont-Blanc, existes-tu seulement ? Nous reviendrons vérifier en février.

Saturday, September 12, 2020

tente

Entre 7h30 et 8h le temps gît devant moi comme une bâche de tente qui ne sait pas encore ce qu'elle abrite. Affaissée, absente, mais marquant déjà le sol de son intention.

L'enfer est pavé de bonnes intentions ? Ni bonnes ni mauvaises - l'état de ma volonté, une tente affalée dans le couloir dont j'ai tout le loisir d'observer les plis épais absorber les premiers rayons du matin. Il fera chaud là dedans.

On ne m'a jamais appris à monter une tente de temps. Elle a un air de temps mort. Alors qu'elle est animale.

Elle veut partir en expédition.

Thursday, May 28, 2020

grouille

Les nouvelles grimpent le col et déboulent dans la vallée.
Mon ventre (Bill the Belly le bien nourri) gargouille.
Les confinés grouillent à nouveau en dehors des habitacles.
Par grappes de 10, pas plus, grappes lâches, s'agrippant à rien d'autre qu'à leurs barrières de gestes.
La ville est aussi crainte qu'une fourmilière par un derrière piqueniquant.
Où se poser ces prochaines années ?
Où se reposer après tout ça ?

Wednesday, January 22, 2020

°

L'heure creuse, en son nom,
promet déjà d'être heureuse.

Elle est creuse par artisan.
L'heure fait son bol
et coule le temps.

Pas de côté, retard ou imprévu.
Un chat aussi pourrait y tremper sa langue.

Sunday, October 28, 2018

safari

Mon amie Alix travaille au ministère de la défense. Beaucoup de costumes et d'uniformes. Alors quand le dimanche on va prendre un café en bord de canal pantinois, elle est avide de bobos, elle les déguste comme des bonbons visuels, observe avec joie leurs manteaux, chaussettes, coiffures et lunettes. La vie est un spectacle. Tout un quartier est en représentation.

Saturday, October 27, 2018

pff

8°C. Température "en dessous de la normale", sous-normale, déviante, inquiétante ?!! 8°C à Paris et tout de suite les grands mots. Tout de suite les gros bonnets. Pff. Ces gens ne connaissent rien à la nature.
Campagne forever.

Monday, October 22, 2018

trajet du soir

Je suis (du verbe suivre) la lune. Une lune si grosse et ronde qu'on la dirait carrée. J'ai failli rire en la voyant. Elle pend au dessus du pont bleu, assez basse, disparaît derrière les immeubles pendant la traversée. Le ciel est bleu nuit, vaste et sombre et ne devrait pas avoir besoin d'autant d'adjectifs pour lui rendre justice. Le ciel est et je pédale 17ème, 18ème, 19ème. Ecluse à nouveau en train de laisser passer des bateaux, donc barrières baissées, je me faufile pour rejoindre le groupement de cyclistes et de scooters accumulés en tête de file, prêts à bondir dès l'ouverture. Etrange sensation de communauté, on est là, tout serrés, à attendre. On regarde les chaussettes de l'un, le sac à dos de l'autre, le vélo, les casques. Rare de voir d'aussi près les cyclistes que l'on ne fait que croiser à la volée. On en profite. Une fille métisse a dans son sac à dos une enceinte. Pas très forte musique africaine, rythme envoutant, je tapote sur mon guidon. Je vois sa cheville qui oscille. L'homme à côté bouge sa tête comme en transe, il ne doit pas savoir que son cerveau s'est branché sur la fréquence d'à côté. Pulsations, connectés on attend. Et la tension se défait aux premiers coups de pédales, aux premiers rugissements de moteurs. Comme chorégraphié.

trajet du matin

Brume, petite quinzaine de degrés, certaines sortes de cyclistes sortent les gants sur le guidon. Élégante grisaille d'automne, on était si habitué au ciel bleu que le gris en devient distingué. Passage de l'écluse par les marches, le pont est levé, les panneaux lumineux rouge interdisent la circulation, et de toute façon les barrières sont baissées. Descente du vélo en mouvement, hop sur l'épaule, à gauche la rotonde, Stalingrad, à droite les moulins de Pantin, la Villette, c'est reparti, en selle. Passés les immeubles à la gratte-ciel, je roule vers rue Riquet, vers lui, vers le pont bleu. Le Pont Bleu. Le lever du soleil toujours dans le dos, je me dégage de l'écharpe en veillant à ne pas perdre mes boucles d'oreille pour tourner la tête à 180° et apercevoir les lueurs du jour. Espace, passerelle, route, chemins de fer, la vie cinématographique, on est obligé sur ce pont de la ressentir comme une possibilité parmi d'autres, mais une possibilité tout à fait présente et même présentable. (Je triche, je n'écris pas, ce sont le mots qui écrivent et qui s'attachent les uns aux autres comme des chariots aimantés.) Le café en bas du pont, avec une terrasse en pleine lumière. Il faudra m'y arrêter un matin. Avant de me faire avaler par le 18ème.

Saturday, September 15, 2018

fièvre

Ris pas, Paris. C'est pas drôle de m'accueillir comme ça. Ton câlin contagieux et tes particules fines m'ont offert la 3ème rhinopharyngite de l'année, la première de la rentrée, avant même d'avoir repris le travail. Je vais débarquer bronzée mais avec une voix de dinosaure et mes sachets de tisane au thym. Je ne sais vraiment pas comment je dois le prendre. Entre 'prendre' et 'laisser', si je ne préfère pas 'laisser'. Ne rien entreprendre. Lasse d'essayer. Partir pour le meilleur. C'est toujours mieux ailleurs. Ici c'est Paris. Entre nous, it's complicated.

Monday, September 10, 2018

lnd

Est-ce que l'Eurostar va devoir changer de nom quand le Royaume Uni ne sera plus dans l'Union européenne ? Sera-t-il la dernière étoile filante d'un ciel en syncope ? Sursaut journalier reliant villes-soeurs aux parents tristement divorcés ?
Questions qui me traversent la tête à mon retour de Londres. Londres toujours aussi décomplexé, divers et dingue. Les villes ont des personnalités, les espaces sont comme des traits de caractère, et Londres me semble si large, cent fois moins étroit que Paris. Oui, Paris me semble bien petit ce soir, j'ai l'impression de rentrer à mon clapier, avec le périph' qui me démange comme une ceinture trop serrée.

Wednesday, June 29, 2016

récolte / trajet

Debout dans mon dos, adossé au strapontin derrière moi, il avait des rastas tellement longs et touffus que j'ai dû passer le trajet assise en biais, colonne vertébrale en diagonale, pour éviter un tête à tête, un cheveux à cheveux, un entremêlement capillaire, une migration de poux ?!

Je l'ai aperçue sur la place de la Villette, toute petite moulée dans son jean en train de papillonner autour d'un ami, avec des faux cils tellement sévèrement recourbés que l'on aurait pu s'enfourcher dessus, à chaque clignement comme des froissements d'air, elle n'aurait pas pu porter de lunettes avec un tel dispositif, dispositif qui j'espère lui apportera les résultats positifs escomptés.

Petite fille d'à peine un mètre de hauteur en robe d'été rayée noir et jaune comme un petit panneau routier, deux petites tresses-couettes attachées par des élastiques jaunes, petites sandalettes style Birkenstock d'un mauve électrique, une petite déesse maya, une petite Maya l'abeille new age, avance en sautillant, petite et radieuse.

Friday, November 27, 2015

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Petite grand mère bien en chair portant sur son dos sa taille et son poids en contrebasse avance toussotante à raz bord du trottoir.

Ça sent le sapin devant le fleuriste qui a fait de sa parcelle de trottoir bordée de branches une haie d'honneur verte et odorante.