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Monday, July 22, 2024

re

C'est une odeur de haie. Puis le gout d'une chouquette toute plate. Sur les galets, une silhouette de profil installée dans sa chaise basse, bob, bedaine et informations dieppoises. Le jet de la douche que le vent fait partir en biais. L'étendu menthe à l'eau et les bouées jaunes. Le son de cloche de l'église toute proche. Le nail art de la vendeuse de chouquettes. Des familles bronzées-rouge qui se claquent la bise entre deux files à la caisse du carrefour d'Offranville, pastis, coca et doritos. Le concept du pack de cristalline. Les plaques rouges (sur les voitures) des riches touristes belges. Les chaussures de plage encore humides. Les vaches. Les hortensias. Le vert des talus et les nuages qui filent. Le ciel. La mer. La belle vie.



Tuesday, January 17, 2023

brouillard

Je m’appelle Brouillard. J’ai décidé de m’appeler ainsi le jour de mes 10 ans, par esprit d’opposition. Mon grand-frère, mes cousins, les enfants les plus populaires de ma classe, tous ont une chose en commun : on dit d’eux qu’ils sont « débrouillards ». Eux semblent réussir à merveille à se « débrouiller » - comme des chiens qui s’ébrouent en sortant de l’eau, envoyant valser énergiquement toutes les difficultés et lourdeurs humides de leur existence. Moi, je reste à l’eau, largué. Je ne vois pas l’intérêt de courir après cette bonne note. Ni après ce sticker à collectionner. Ou ce joueur de foot qui me semble profondément débile. Résultat, c’est moi que l’on prend pour le débile. 

Depuis que je suis petit, la débrouillardise est une valeur cardinale dans la famille et tout le monde se demande si j’en fais vraiment partie, de cette famille, puisqu’à les croire, je suis le garçon le moins débrouillard depuis des générations de débrouillards. Quand je me lève, une partie de moi reste endormie, comme accompagnée par des bancs de rêves. Mon escorte brumeuse ne me quitte jamais et s’épaissit en cas de problèmes. Plus la situation est critique, plus je me sens opaque. Chaque parole, chaque regard me fait alors l’effet d’un phare braqué sur moi pour me percer – toujours en vain. J’ai alors l’impression de disparaître, que chaque particule de mon brouillard renvoie à l’envoyeur sa missive. 

Au fil des ans, j’ai identifié ces facteurs opacifiant. Globalement, toutes les difficultés de la vie courante. Une soudaine avalanche de chiffres à intégrer. Trois horaires de bus à comparer. Choisir ma place en classe. Mais aussi un haussement de ton, un geste brusque. Un empressement, un temps compté. Une directive. Une certitude. Le monde me semble béton là où je suis coton. Impossible d’avoir une quelconque emprise sur rien. 

Enfin, presque. J’ai découvert à quel point je force les gens autour de moi à ralentir. Parfois, je les fais douter. Ils se mettent à sonder les particules fines de mon enveloppe gazeuse. Sa voix à elle, surtout, me fait quelque chose. Elle orchestre des trouées, fait apparaître des bouts de ciel bleu et rend mon flou artistique. 

 (Texte écrit pour l'atelier d'écriture de La Cordée Annecy)

Thursday, June 2, 2022

))

Ce matin je me suis cru en Suède, dans un fjord nordique, un archipel d'eau claire balayé par un vent d'été. Doux et vigoureux à la fois, à faire sortir les vagues du lac, à former des flaques sur la promenade et des moutons blancs, à faire traverser en un temps record le premier véliplanchiste de sortie. Il a plu toute la nuit. Le soleil éclaire le vert sombre des arbres, il y a encore beaucoup d'ombres et le lac n'en est que plus lumineux. Les bateaux chaloupent, la famille de canards chaloupe, tous à cheval sur le lac. Certains pédalos ont tourné, comme s'ils voulaient dire quelque chose à leur voisin sans que la promenade l'entende. Quelques chiens se baignent. La piste cyclable s'active. Quelques coureurs. Il fait bon !

Wednesday, March 16, 2022

it's a job

Avant le lever du soleil, alors que les montagnes sont d’un bleu gris brumeux, juste avant, quatre cygnes blancs arrivent en volant et viennent se poser sur la pelouse du Pâquier. Atterrissage synchronisé. Ils sont en avance sur les touristes et les petits vieux, sur les poussettes et les sportifs, ils replient leurs ailes, étirent leurs cous et se dégourdissent les pattes palmées. Plus tard, ils se feront chasser, amadouer, admirer, prendre en photo, prendre en grippe. Pour quelques miettes à peine. Juste assez pour développer une probable intolérance au gluten. Mais là, sur l’herbe givrée, ils sont seuls à quatre, maîtres des lieux, arrivés avant le soleil. 

Wednesday, January 7, 2015

°°

Je me bleu marine.
(Par cela je n'entends pas l'évolution de mes convictions politiques vers l’extrême droite.)

Je me marine dans mon homemade blues.

J'en sors avec des bleus au cœur à trop me plonger dans cette marinade.
T'es toute bleue je me dis tête toute bleue.
J'ai beau être poisson je ne tiens pas à être mon propre poison
et aimerais éviter la noyade.

En 2015 je serai moins poissons et plus chat.