Wednesday, August 19, 2026

dream

Currently on jawline ferry slowly cruising to cheekbone island

Planning on staying

simple

En cas de tendance à la sur-intellectualisation, s'en tenir à une explication qu'un enfant de 8 ans pourrait aisément comprendre et restituer. Quel que soit le sujet. 

La vertu de la simplicité. Ou quand la simplicité est une vertu. Pas besoin d'en faire des caisses. Assurément l'une des raisons pour lesquelles certains poèmes de bell hooks m'ont autant touchée - ils sont de la simplicité d'une comptine, se lisent aussi facilement que l'on cueille un fruit mur, parfaitement chargé de suc, de sève, de vivant. Celui-ci par exemple m'a fait l'effet d'une piqure d'adrénaline servie dans un dé à coudre fleuri par un ange aux yeux bleus. 


don't let

your loving

take too long

you may come

too late

and i'll be gone

don't let

fear

make you stray

don't wait

on heartbreak

to show the way

insécable

Que peuvent les mots ? Impression de jouer au squash en cellule, des balles, des bulles, alors qu'il faudrait tirer à balles réelles, out there, mobiliser les mots pour se ventouser au réel. Traduire une vérité comme une pierre insécable, dans toutes les langues. Être dur dans sa douceur pour permettre aux autres de se cogner à du vrai. Se cogner à du vrai, c'est déjà rebondir, déjà se soigner.


(Cette image de la pierre insécable me vient d'un poème de Clara Ysé, que je recopie ci-dessous, car je le trouve vraiment très beau. Tout le recueil, Vivante, m'a été d'un grand secours ces derniers mois.)


Mon amour

Pierre insécable au fond du ventre

Translucide

Et brillante

!

Ce billet pour contribuer à la conversation, un billet pour la cagnotte. La voix du choriste des derniers rangs, la patate du fermier du bout du champ. Chacun est une planque mais que planque-t-on ? Potentiellement, de la nourriture vitale pour une baleine à bosses. Autant ne pas écrire si c'est pour ne pas se faire rire.

Parfois il y en a marre de se taire, quand se taire devient se terrer il faut sortir le museau du terrier. A force d'engranger les lectures (dieu merci il y a les livres !!!) tel un papillon papivore survivaliste (desperate times, hungry readers) je ressens le besoin de déplacer ne serait-ce qu'un tout petit peu d'air, quelques particules, sans message particulier, un message massage de mots pour me remettre en selle, me sentir celle qui écrit, aussi.

A très vite.

Saturday, January 31, 2026

mon foie

Mon acuponctrice active mon foie, me dit qu'il sent le printemps qui pousse, les plantes qui se préparent. Corps, terre, même combat.

Non, le printemps n'est pas tendre ! Il tend vers le vert, vertigineusement impatient, plein à en découdre, certain devenir et de vaincre.

Il ne demande qu'à exploser, enfin, ne demande rien, ça vient et c'est tout - c'est ça bourgeonner, lenteur et force pure.

Être née en février, c'est être née avec cette poussée de printemps. Une accélération innée. 

Pas de fée, une épée : l'envie qui attaque décape célèbre éclate.

(Tant de printemps à me sentir brûlée - pour comprendre que je fais partie du plan. Je suis la bombe. Une toute autre histoire.)

Monday, July 22, 2024

re

C'est une odeur de haie. Puis le gout d'une chouquette toute plate. Sur les galets, une silhouette de profil installée dans sa chaise basse, bob, bedaine et informations dieppoises. Le jet de la douche que le vent fait partir en biais. L'étendu menthe à l'eau et les bouées jaunes. Le son de cloche de l'église toute proche. Le nail art de la vendeuse de chouquettes. Des familles bronzées-rouge qui se claquent la bise entre deux files à la caisse du carrefour d'Offranville, pastis, coca et doritos. Le concept du pack de cristalline. Les plaques rouges (sur les voitures) des riches touristes belges. Les chaussures de plage encore humides. Les vaches. Les hortensias. Le vert des talus et les nuages qui filent. Le ciel. La mer. La belle vie.



Wednesday, December 13, 2023

;

Les deux Savoies sont sous l'eau. Au bout du rouleau de papier cadeau.

L'eau vient d'en haut, toute éparpillée en gouttes, mais refait corps ensuite et s'approche des ponts par en-dessous. Des ponts pendent les décorations de Noël, longs filaments, l'eau les attrape presque et je m'imagine une sorte de court-circuit lumineux au moment du contact, comme si toute l'eau devenait courant électrique en une flambée, traversant la vielle ville façon éclair.

--

Les voisins d'en face ont mis en place une illumination festive que l'on pourrait aussi qualifier de pollution lumineuse, tant elle clignote épileptiquement jusqu'à 1h du matin.

--

Le soir, quand les crèches sont fermées et les enfants couchés, je croise à vélo des pères et des mères avec un siège enfant vide, transportant un passager fantôme. Il n'y a personne à l'arrière, pas de petite silhouette boudinée au casque fluo, mais peut-être qu'il y a quelqu'un d'autre ou autre chose, invisible cargaison clandestine, qui accompagne l'échappée de celle ou celui qui le temps du trajet se sent libre mais bizarrement hanté.


Monday, July 3, 2023

arriver / ankommen

Varengeville. Tout est beau ici. Mon âme réagit à l'inverse d'une huître arrosée de jus de citron : par un mouvement d'expansion, de dilatation soudaine et joyeuse. "Hier bin ich Mensch, hier darf ich's sein."

-

Idée de série photo : les parents penchés sur les lits parapluie de leurs petits, manquant de basculer. Embrasser une joue dodue devient un exercice acrobatique pour lequel un gainage quotidien n'est pas inintéressant. Les berceuses ont un air étranglé quand elles sont chantées tête plongée.

-

J'ai deux langues et aucune ne convient. Je ne sais pas comment habiller mes mots. Alors ils vont nus, et ils brûlent dedans comme des embryons de possibles. Ils existent mais pas vraiment, parce qu'à la sortie, il faut choisir et ils veulent aller ailleurs et surtout partout en même temps.

Monday, April 24, 2023

süß

Kleine Hunde mit grellen Bällen trippeln triefend am Ufer entlang - ein konzentriert unkoordiniertes Treiben ohne Leine zwischen den Schritten ihrer Herrchen und Frauchen, die über Wetter oder Essen, über letzten oder kommenden Urlaub sprechen. Es ist Sonntag am See und jeder nimmt seinen Lauf ernst.

-

Das Boot dreht, und plötzlich ist das Segel eine Messerklinge, die geschmeidig im Wasser rührt.

-

Fremde Leute ansprechen, die mir gar nicht so fremd vorkommen, weil sie Deutsch sprechen. Zwei Frauen auf einer Bank, ich unterbreche ihr Telefongespräch und Butterbrotbiss, weil ich mir die Gelegenheit nicht entgehen lassen will. Wer weiß, vielleicht sind das meine zukünftigen Gesprächspartnerinnen? Leider nein, denn es stellt sich heraus, dass die beiden aus Berlin und “nur zu Besuch” in Annecy sind. “Aber deine Frage ist ja total süß".

Tuesday, January 17, 2023

brouillard

Je m’appelle Brouillard. J’ai décidé de m’appeler ainsi le jour de mes 10 ans, par esprit d’opposition. Mon grand-frère, mes cousins, les enfants les plus populaires de ma classe, tous ont une chose en commun : on dit d’eux qu’ils sont « débrouillards ». Eux semblent réussir à merveille à se « débrouiller » - comme des chiens qui s’ébrouent en sortant de l’eau, envoyant valser énergiquement toutes les difficultés et lourdeurs humides de leur existence. Moi, je reste à l’eau, largué. Je ne vois pas l’intérêt de courir après cette bonne note. Ni après ce sticker à collectionner. Ou ce joueur de foot qui me semble profondément débile. Résultat, c’est moi que l’on prend pour le débile. 

Depuis que je suis petit, la débrouillardise est une valeur cardinale dans la famille et tout le monde se demande si j’en fais vraiment partie, de cette famille, puisqu’à les croire, je suis le garçon le moins débrouillard depuis des générations de débrouillards. Quand je me lève, une partie de moi reste endormie, comme accompagnée par des bancs de rêves. Mon escorte brumeuse ne me quitte jamais et s’épaissit en cas de problèmes. Plus la situation est critique, plus je me sens opaque. Chaque parole, chaque regard me fait alors l’effet d’un phare braqué sur moi pour me percer – toujours en vain. J’ai alors l’impression de disparaître, que chaque particule de mon brouillard renvoie à l’envoyeur sa missive. 

Au fil des ans, j’ai identifié ces facteurs opacifiant. Globalement, toutes les difficultés de la vie courante. Une soudaine avalanche de chiffres à intégrer. Trois horaires de bus à comparer. Choisir ma place en classe. Mais aussi un haussement de ton, un geste brusque. Un empressement, un temps compté. Une directive. Une certitude. Le monde me semble béton là où je suis coton. Impossible d’avoir une quelconque emprise sur rien. 

Enfin, presque. J’ai découvert à quel point je force les gens autour de moi à ralentir. Parfois, je les fais douter. Ils se mettent à sonder les particules fines de mon enveloppe gazeuse. Sa voix à elle, surtout, me fait quelque chose. Elle orchestre des trouées, fait apparaître des bouts de ciel bleu et rend mon flou artistique. 

 (Texte écrit pour l'atelier d'écriture de La Cordée Annecy)