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Saturday, January 31, 2026

mon foie

Mon acuponctrice active mon foie, me dit qu'il sent le printemps qui pousse, les plantes qui se préparent. Corps, terre, même combat.

Non, le printemps n'est pas tendre ! Il tend vers le vert, vertigineusement impatient, plein à en découdre, certain devenir et de vaincre.

Il ne demande qu'à exploser, enfin, ne demande rien, ça vient et c'est tout - c'est ça bourgeonner, lenteur et force pure.

Être née en février, c'est être née avec cette poussée de printemps. Une accélération innée. 

Pas de fée, une épée : l'envie qui attaque décape célèbre éclate.

(Tant de printemps à me sentir brûlée - pour comprendre que je fais partie du plan. Je suis la bombe. Une toute autre histoire.)

Monday, July 22, 2024

re

C'est une odeur de haie. Puis le gout d'une chouquette toute plate. Sur les galets, une silhouette de profil installée dans sa chaise basse, bob, bedaine et informations dieppoises. Le jet de la douche que le vent fait partir en biais. L'étendu menthe à l'eau et les bouées jaunes. Le son de cloche de l'église toute proche. Le nail art de la vendeuse de chouquettes. Des familles bronzées-rouge qui se claquent la bise entre deux files à la caisse du carrefour d'Offranville, pastis, coca et doritos. Le concept du pack de cristalline. Les plaques rouges (sur les voitures) des riches touristes belges. Les chaussures de plage encore humides. Les vaches. Les hortensias. Le vert des talus et les nuages qui filent. Le ciel. La mer. La belle vie.



Thursday, June 2, 2022

))

Ce matin je me suis cru en Suède, dans un fjord nordique, un archipel d'eau claire balayé par un vent d'été. Doux et vigoureux à la fois, à faire sortir les vagues du lac, à former des flaques sur la promenade et des moutons blancs, à faire traverser en un temps record le premier véliplanchiste de sortie. Il a plu toute la nuit. Le soleil éclaire le vert sombre des arbres, il y a encore beaucoup d'ombres et le lac n'en est que plus lumineux. Les bateaux chaloupent, la famille de canards chaloupe, tous à cheval sur le lac. Certains pédalos ont tourné, comme s'ils voulaient dire quelque chose à leur voisin sans que la promenade l'entende. Quelques chiens se baignent. La piste cyclable s'active. Quelques coureurs. Il fait bon !

Monday, May 23, 2022

cuisine_03

Dans cette cuisine, j’ai croisé un lézard et liquidé un paquet de biscuits apéritifs Belin que je n’ai pas acheté. J’ai tenté en vain d’y capter Internet et d’y trouver un couteau qui coupe, en revanche j’y ai trouvé les foutus filtres à café et trois machines à café en état de marché.

Cette cuisine a vécu et ne demande qu’un regard neuf pour être vue. Elle accueille les chasseurs et chasseuses, mais surtout les secondes, depuis je ne saurais pas bien dire combien d’années. Les tommettes rouge brique ne sont pas plates, le buffet « blanc » bordé d’un vieux rose est surélevé d’un côté par une planchette en bois. 

Dans l’espace de la grande cheminée, il y a un poêle à bois de la marque Rosières. Plus aucune indication sur la gazinière n'est lisible, mais un post-it pâle rappelle aux étourdis les équivalences en degrés du thermostat. L’eau n’est pas potable, en témoigne deux bonbonnes de Volvic presque vides dont personne ne sait quand elles ont été entamées alors dans le doute ouvrons-en une troisième. 

Une bombe de dégrippant pour les fusils, un magnet Astérix, de la poudre à récurer et des multiprises. Une armée de bougies, une pile d’alarmes incendies sans piles, des allumettes. 

Le papier peint consiste en une trame de losanges aux lignes jaune foncé sur fond jaune pâle, et par-dessus des grappes de raisins et des feuilles de vigne décolorés. Les pans se décollent à plusieurs endroits, la peinture blanche du plafond s’écaille. Pas de tableaux, zéro nature morte de faisan ici.

Je compte cinq chaises en bois autour d’une vieille table en bois étrangement étroite, recouverte d’une toile cirée clouée sur la planche. En principe, personne n’y mange, la table est surface utile, plan de travail, camp de base. 

Pas de couvercles sur les poubelles, énormes bacs noirs ouverts sous l’évier. Mélange de câbles douteux, pleins de brosses, pleins de ciseaux, des pommes de terre qui germent depuis l’été dernier. 

Au frigo, le lait d’amande bio périme aux côtés du jus de tomate premier prix, d’une bière normande et de diverses moutardes, le confinement est passé par là. 

La cuisine donne sur une grande pelouse verte remuée par les sangliers, traversée le soir par des dizaines de lapins. Elle garde la fraîcheur et fonctionne sans broncher, se venge simplement en aspergeant celui qui ouvre trop franchement le robinet. 

Elle me donne envie de lui faire des gâteaux, pour la parfumer un peu, elle ne demande que ça ! Je m’y sens bien.

'''

Nouveau lieu, nouvelles histoires. 

Je passe quelques jours en Sologne, dans la famille de T, sauf qu'il n'y a pas la famille, juste les murs d'une maison de chasseurs qui regorge de têtes de biche empaillées, de fusils, de bottes Aigle, de bûches, de bonbonnes, de jeux de société, de caisses de vin, de vieux post-its où butternut devient beuternote... Dehors, les oiseaux, les chiens, les moustiques, les lapins, des chevreuils, des canards et des sangliers. A ma connaissance, la liste s'arrête là, mais évidemment qu'elle continue. Il suffit de se retirer du monde pour en retrouver un autre, de monde, infiniment peuplé de vivant. Il y a beaucoup de forêt, des étangs et des noms de terrains étranges (Derrière Billot, La Terre de Feu...), des granges aussi, de vieux tracteurs, des pièges à bêtes, des abris.

Depuis hier, il y a l'orage, mais très peu de pluie. Les éclairs ont traversé la chambre presque toute la nuit, les grondements sont restés à distance, comme déviés par un sorcier. Le matin, nous prenons la grande allée en voiture pour aller trouver Saint Internet, patron des Digital Nomads, chez l'oncle arrivé la veille pour une histoire de forage. C'est contre intuitif, j'ai l'impression de m'enfoncer dans la zone blanche, entre deux pans de forêt épaisse, et de m'éloigner de plus en plus de la civilisation. 

Sur l'allée, une petite voiture type panda sortie de nulle part, portière gauche ouverte, dans la lumière sombre du matin. Plus on s'approche, plus la portière se ferme, lentement, alors qu'il n'y a visiblement personne à l'intérieur. Fantomatique ! Si, sur le siège de droite se tient le gros et très vieux labrador blanc de Marie-France, la gardienne du domaine, probablement partie vérifier le niveau de l'étang. Son pluviomètre est cassé, alors il faut aller voir en personne. On double par la droite, en route pour notre espace de coworking solognot. Étrange navette...

Chez l'oncle, grâce à un boitier, la maigre 4G est amplifiée et suffit à me connecter. Dans "notre" maison, rien à faire, deux barres de 3G, voire Edge tout court, dans la chambre de Berthe (?) si la fenêtre est ouverte, une minute sur deux. Hier soir un soupçon de 4G sur le pallier de la cuisine, évaporé depuis. Le vent souffle dans les chênes et sur les tuiles couvertes de mousse. Nous avions aussi tenté le boitier de Marie-France qui loge en face entre les plantations de fraises et de tomates, mais impossible de déchiffrer le mot de passe (le nom d'un chien, le sien, orthographié avec beaucoup de fantaisie). 

La maison, l'autre, est tellement grande et tellement bien isolée que l'on a l'impression d'être dans un vaisseau spatial. L'oncle télétravaille depuis une chambre où il donne de la voix, il tonne au téléphone (branché sur le dit boîtier), il donne des coups dans les lattes, il se lève et se rassoie et se relève. Depuis sa cellule de contrôle, il commande son cabinet de conseil, des équipes parisiennes toute ouïe. Je le vois en dessin de Christophe Blain. 

Je parlais d'une histoire de forage qui explique la présence de l'oncle et de sa femme un lundi à Molandon - ce beau nom qui monte et qui descend. Ici, chacun creuse et gère son approvisionnement en eau. Il n'y en avait pas assez, trop de coupures, et donc ils ont fait venir une entreprise spécialisée "sourcier et foreur de père en fils". L'oncle nous raconte comment le sourcier (le père) est venu sonder le terrain pour le foreur (son fils) à l'aide d'un authentique pendule à la professeur Tournesol. Il leur a indiqué la profondeur et le débit, l'endroit a été marqué de quelques tuiles et piquets. Aujourd'hui, les revoilà avec les machines géantes, posées sur la pelouse devant la maison comme des insectes d'acier démesurés. Sur plusieurs remorques, des mètres de tuyaux bleu ciel comme des pailles géantes qui serviront à aspirer l'eau des profondeurs argileuses.

Pour intervenir, ils ont dû raser plusieurs mètres carrés de plantes sauvages appelées "arbre à beurre". Les grandes feuilles très vertes servaient autrefois à envelopper les mottes de beurre ! D'où les plantations à proximité des maisons. Le nom latin n'est pas connu.

Alors qu'ils s'apprêtent à creuser, la pluie se remet à tomber de plus belle, en rideau continu. L'eau vient du ciel, arroser le sourcier, le foreur et les ouvriers. Au sec derrières les grandes baies vitrées, je les observe.

"Recherches d'eau"

Tuesday, April 26, 2022

*

Entre glycines et lilas, c'est le grand cinéma. Les rues sont parfumées, dans les jardins, les branches lourdes de fleurs, de pluie et de grappes qui gouttent. Une réponse verte, massive, franche, à tous les états d'âme, ovationnée de blanc et de rose. J'imagine Hockney qui dérape sur son iPad, ivre de printemps.

Thursday, March 17, 2022

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Dehors le ciel est gris, dedans ça sent le gateau. Je ne ressortirai pas, je reste dans le ventre de l'appartement, proche de la cuisine. Ressortissante d'un état gourmand que le reste du monde fatigue. C'est l'effet printemps, qui comme tous les ans m'épuise à avoir tant de ressources, alors que je suis vidée par l'hiver. Des oiseaux piaillent comme des dingues parce qu'ils doivent sentir l'orage arriver, leur concerto traverse les vitres. J'ai fermé les fenêtres alors qu'il fait doux, mais dedans plus doux encore. Chauffage à zéro, four à 170° (car chaleur tournante). Je suis en compagnie de cinq jonquilles qui se sont déjà ouvertes depuis que je les ai achetées, avec aussi un bouquet de tulipes mélangées, mauves. Tout ça a coûté beaucoup trop cher, mais c'est beau. Il reste aussi quelques oeillets un peu desséchés, courts sur pattes. J'ai mis une alarme pour ne pas que le gâteau crame, mais c'est toujours quand j'ai mis une alarme que j'y pense 30 secondes avant que ça ne sonne. Ça sonne.

Monday, May 31, 2021

°°

Pivoines. Les blanches, dont deux persistent à ressembler à des boules de glaces à la crème, faisant passer les trois autres archi-ouvertes pour de grosses dévergondées.

Pivoines. Les roses, offertes à Mamy, affreusement emballées par une fleuriste sur-motivée, qui dans leurs couches de film transparent ressemblaient à des barbies dans l'emballage.

Sunday, March 21, 2021

&

Balade dans le bois des arbres qui bouclent, balade à travers le bois bouclé aux branches créatives, où les arbres savent vivre avec une tirebouchonnante vigueur. Ça pousse en boucle ici, sur le circuicui côtier, un premier jour de printemps.

Monday, March 15, 2021

°

Un matin comme dans un phare, installée à la table arrondie, chambre à l'étage. Pile de livre à gauche, pile de livre à droite, un stylo sur la soucoupe à la place de la cuillère. Vue sur les camélias. Les toits sont des bateaux, flotte éparse nommée village, dans leur mer de haies, de talus, de buissons et d'arbres. La nuit dernière, les cheminées, ces petites ancres pointées vers le ciel, ont laissé passer la grêle.

Thursday, March 11, 2021

>>>

Des très grands arbres aux très longues branches frémissent jusque dans les extrémités.

Le voyage continu des nuages comme aspirés à travers le ciel, c'est par là, en avant.

Des silhouettes d'oiseaux noires et nerveuses rendent visite aux uns et aux autres.

Et toute l'agitation à hauteur de haie, secousses dans les feuillages, les boutons s'accrochent et les pétales s'esclaffent, vous n'avez encore rien vu.

Une tempête est prévue sur Varengeville.

Tuesday, August 18, 2020

toute girolle

Gagnée par la montagne ou rendue à la montagne. Syndrome de Stockholm qui me fait aimer mon lieu de confinement. La comparaison s'arrête là, nulle autre prison que mon propre mental, au contraire, des sommets partout, encourageants à ouvrir tout en grand et à laisser circuler les soucis comme les nuages, tout est de passage et cela fait partie de la beauté de ce... de cette... vie ! Dans laquelle nous sommes, toujours nous-même, et à chaque instant différents. 

La montagne rend spirituelle. La montagne rend philosophe. La montagne fait ressentir ce que c'est d'être vivant, d'être terrien. C'est le propre des grands espaces, de la nature quand elle n'est pas bétonnée. Pas besoin de retraite de Yoga à Majorque pour s'en rendre compte. 

Et puis le ciel étoilé. Et puis la rosée du matin. Et puis l'ombre des nuages sur l'herbe. Et puis le Mont-Blanc qui joue à cache cache. Et puis le vert qui vire au jaune sur les sommets dégarnis. Et puis les framboises. Et puis les girolles. Et puis le linge au balcon du chalet. Et puis la lumière de 20h16. Et puis... 

Voilà, la montagne. 

Sunday, May 31, 2020

calme

Le boucan des champs, des bouquets en fleurs, les cigales infernales, les oisillons gourmands, des mouches qui tournent, les cloches des vaches. Toutes les quelques minutes, un motard rugit, penché dans l'épingle à cheveux. Les bruits de la montagne au début de l'été.

Je suis seule aujourd'hui, au "calme". La solitude déclenche des avalanches de pensées, des ramifications de questions, des projections, des envies, des évidences et des grands flous.

Il faut les deux, la foule, même toute relative. Et la houle d'un esprit livré à lui même, qui ressasse, divague, et part à l'assaut des digues.

Thursday, May 28, 2020

grouille

Les nouvelles grimpent le col et déboulent dans la vallée.
Mon ventre (Bill the Belly le bien nourri) gargouille.
Les confinés grouillent à nouveau en dehors des habitacles.
Par grappes de 10, pas plus, grappes lâches, s'agrippant à rien d'autre qu'à leurs barrières de gestes.
La ville est aussi crainte qu'une fourmilière par un derrière piqueniquant.
Où se poser ces prochaines années ?
Où se reposer après tout ça ?

Thursday, June 20, 2019

plantes

Pivoines pompons (c'est simple on ne voit plus le vase)
Bananier boudeur (il a été mis dans le coin)
Cactus calé (en poésie - il tient adossé aux livres)
Ficus fiable (ne fait jamais de problème - pas comme le bonsai bazardé)

Séchées : romarin anti-chagrin, sauge sauvetage des gorges nouées, un thym veut mieux que deux bronchites.

Séchée par inadvertance : menthe à mojito sous plastique

Congelées : persil plat ET coupé (ça fait beaucoup pour un seul persil), coriandre sur le qui-vive, ciboulette a.k.a. queue verte

Et je ne sais quoi dans cette jardinière qui se jardine elle même et par laquelle les fourmis en profitent pour s'introduire dans ma cuisine.

Sunday, October 28, 2018

ràs

Rien à signaler sur le front affectif. Sur le front infectieux peut-être un rhume. Mais sur le front affectif rien. Rien qu'une prise de tête. Je l'ai analysée, elle n'atteindra pas le coeur : nous sommes sauvés. Et tristes de l'être. On aurait bien chopé un virus, le laisser s'installer, il aurait fallu nous mettre en quarantaine tous les trois, toi, notre virus et moi.

Monday, August 1, 2016

été, pluie

Il pleut dans le vert, la pluie remplit les réservoirs et gorge la terre. J'ai toujours adoré la pluie d'été, son effet tropical, qui transforme le monde en serre, qui le fait transpirer, transportant l'humidité jusque dans nos bronches pour nous faire exhaler un soupir de très très profond. Dans notre corps coquille nous sommes vivants, comme des escargots, nos antennes tâtonnantes s'aventurent et rapportent un monde mystérieux. C'est le répit qui nous est accordé avant de griller à nouveau, avant de briller encore, c'est la face mélancolique et nécessaire d'un été trop étincelant, c'est l'ajustement de l'âme. Ce jour au ciel chargé, baume au cœur détrempé, détrompé aussi, plus sensible que d’accoutumé, à l'écoute, écouté. Les fenêtres restent ouvertes, le linge sèche à peine.