Tuesday, December 29, 2020

orgueil et orteil gelé

Zwischen den Jahren, alle Jahre wieder. 

Und dieses Jahr ganz nouveau : le ski de rando. 

C'est le majeur de la main droite qui le premier devient blanc. Ensuite c'est le majeur du pied - si ce terme s'applique aux extrémités inférieures. Puis les copains de droite. Le gros orteil gauche trinque le plus, à en devenir violet dans l'ongle. Le froid cogne. La montée frotte. La descente - aucune idée de ce qui se passe, occupée à tourner, à connecter ma tête et mes jambes. Le haut du corps face à la pente. Les mains comme si je conduisais une voiture. Ensuite, comme si je boxais légèrement, à chaque virage. Tchac, tchac, tchac. Planté de bâton. Rebond, rotation. En poudreuse, prendre de la vitesse pour manœuvrer. Cuisses et hanches engagées, au-dessus des fixations. "C'est contre intuitif mais sinon tu as l'air constipée". Souples, les articulations, souples. Vas-y, fais-toi confiance. Ne sois pas crispée. Ok, je veux bien, mais je aaaaaaaaaargh !

Patti 1

Le travail bien rangé fait des ravages dans le champ des vocations. 

Illusion de stabilité, faux accomplissement, et le temps, et le temps !! qui disparaît dans les jours comme un homme en forêt et ne revient pas, engrangé, sans effet plus que ça. De l'âge pur, sans goût, du temps pilé et empilé. 

Dessous, quelqu'un - le rêveur et sa pelle, le rêveur et son échelle - sans relâche s'élève en perce-neige.

Saturday, October 31, 2020

cosi

Nous sommes arrivés mercredi tard dans la nuit. De retour à la case chalet, a la casa confinement. Autour, une nature impartiale qui se laisse glisser sur la pente dorée de l'automne. On l'observe, on la contemple, alors qu'en fait de nous deux c'est elle qui doit rire de nos agitations. La montagne tout de suite révèle plus fortement ce qui fait le propre (et le sale ?) de notre petite humanité.

En promenade, T me raconte la vidéo qu'il a vu, d'un trou noir qui aurait englouti une étoile. Ou alors l'histoire d'une étoile avalée par un trou noir. Une histoire de cosmos affamé. Glups.

Certains arbres, certaines feuilles, sont comme des pièces d'or toute fines, des médailles, des hosties, qui virevoltent et attrapent vent et lumière, dansantes sur leurs branches qui bougent plus lentement qu'elles. Pas de chorégraphe, mais quelle association de rythmes... Les castagnettes aériennes autour d'un lent balancement de hanches.

Les marins doivent, je crois, connaître l'heure qu'il est et leur position précise pour ensuite mesurer leur vitesse de croisière. Ici nous allons rester sensiblement au même endroit pendant au moins un mois. Les secondes, les minutes, les heures vont défiler comme d'habitude. Je me demande quelles distances intérieures nous allons parcourir. 

Saturday, September 12, 2020

tente

Entre 7h30 et 8h le temps gît devant moi comme une bâche de tente qui ne sait pas encore ce qu'elle abrite. Affaissée, absente, mais marquant déjà le sol de son intention.

L'enfer est pavé de bonnes intentions ? Ni bonnes ni mauvaises - l'état de ma volonté, une tente affalée dans le couloir dont j'ai tout le loisir d'observer les plis épais absorber les premiers rayons du matin. Il fera chaud là dedans.

On ne m'a jamais appris à monter une tente de temps. Elle a un air de temps mort. Alors qu'elle est animale.

Elle veut partir en expédition.

Tuesday, August 18, 2020

toute girolle

Gagnée par la montagne ou rendue à la montagne. Syndrome de Stockholm qui me fait aimer mon lieu de confinement. La comparaison s'arrête là, nulle autre prison que mon propre mental, au contraire, des sommets partout, encourageants à ouvrir tout en grand et à laisser circuler les soucis comme les nuages, tout est de passage et cela fait partie de la beauté de ce... de cette... vie ! Dans laquelle nous sommes, toujours nous-même, et à chaque instant différents. 

La montagne rend spirituelle. La montagne rend philosophe. La montagne fait ressentir ce que c'est d'être vivant, d'être terrien. C'est le propre des grands espaces, de la nature quand elle n'est pas bétonnée. Pas besoin de retraite de Yoga à Majorque pour s'en rendre compte. 

Et puis le ciel étoilé. Et puis la rosée du matin. Et puis l'ombre des nuages sur l'herbe. Et puis le Mont-Blanc qui joue à cache cache. Et puis le vert qui vire au jaune sur les sommets dégarnis. Et puis les framboises. Et puis les girolles. Et puis le linge au balcon du chalet. Et puis la lumière de 20h16. Et puis... 

Voilà, la montagne. 

Tuesday, August 4, 2020

je vois

Un arbre seul, constitué de deux troncs qui se suivent sur toute la longueur, bien 6 mètres, qui forment une arche. Ils sont courbés par le vent, habillés de branches et de feuilles, comme seuls savent s'habiller les arbres.

L'arbre est noir contre le ciel du soir, qui lui est très lumineux, qui est en fait une immense toile de clarté au dégradé du orange au bleu, d'un bon goût absolu.

Royaume célébré au coucher du soleil, quand le soleil envoie la lumière en émissaire pour un salut final.

Tuesday, July 21, 2020

boo

Une activité reposante. Se reposer en s'activant. Sur un clavier. Je ne sais pas si ça marche - monter et descendre des marches, marcher, ce serait mieux - mais ça contrebalance une journée à écrire des mails, à faire rentrer des mots dans des cellules et des slides. Et ça, c'est important.

Ce n'est pas parce que l'on utilise les mots comme des outils que l'on doit les traiter de la sorte, en bullet points et consorts. Voyez dans ce billet une offense "de posture", un constat fatigué. Ils ont la bougeotte, les mots !!!

Avec les mots, je suis sensible. Par moment ils viennent s'emmêler sur ma langue et je sors des syllabes bizarres, surtout à la fin de la journée. Et c'est à ce moment là, quand ça déraille un peu, que je me rends soudain compte que j'ai passé la journée à leur faire faire des tours et des pirouettes pas possibles, en français, en anglais, pour des clients, des collègues et la caissière et le serveur. Même à destination du chériboo ça sonne factice. Alors on s'improvise télépathes, juste le temps que nos deux regards se trouvent et relâchent toute la tension, comme une bonne pression d'acupuncture. C'est le shiatsu du regard, la thérapie amoureuse.

Je pense que l'on entend rien qu'en prononçant le mot "amour" qu'il est le parfait antidote à "douleur". D'autres relieraient sûrement autrement ces deux mots, avec d'étranges chaînes de cause à effet que l'on entend cliqueter. Pas moi.

La fatigue remet les mots sur le tapis, le sommeil remettra les idées en place.
Et le charme de boo soufflera sur le reste.

Sunday, May 31, 2020

calme

Le boucan des champs, des bouquets en fleurs, les cigales infernales, les oisillons gourmands, des mouches qui tournent, les cloches des vaches. Toutes les quelques minutes, un motard rugit, penché dans l'épingle à cheveux. Les bruits de la montagne au début de l'été.

Je suis seule aujourd'hui, au "calme". La solitude déclenche des avalanches de pensées, des ramifications de questions, des projections, des envies, des évidences et des grands flous.

Il faut les deux, la foule, même toute relative. Et la houle d'un esprit livré à lui même, qui ressasse, divague, et part à l'assaut des digues.

Thursday, May 28, 2020

grouille

Les nouvelles grimpent le col et déboulent dans la vallée.
Mon ventre (Bill the Belly le bien nourri) gargouille.
Les confinés grouillent à nouveau en dehors des habitacles.
Par grappes de 10, pas plus, grappes lâches, s'agrippant à rien d'autre qu'à leurs barrières de gestes.
La ville est aussi crainte qu'une fourmilière par un derrière piqueniquant.
Où se poser ces prochaines années ?
Où se reposer après tout ça ?

Friday, May 1, 2020

homard

C'est l'histoire d'un homard en Savoie, arrivé par la poste depuis Cancale, apparemment bien conditionné, puisqu'arrivé vivant, les pinces mobiles.

Je ne l'ai pas vu, juste en photo. Il faisait la fierté d'un chalet pas loin du nôtre. Nous formons une petite communauté, avec des chalets en sous catégories. Les habitants des différents chalets se croisent sans cesse comme par hasard, lors de promenades, lors d'un marché au village ou le soir pour des dîners non-autorisés par le gouvernement. On y mange très bien, dans cette communauté de chalets.

Et donc le homard, tout rouge, cuit dès son débarquement au col des Saisies (habile clin d'oeil à l'Histoire), pour être dégusté le lendemain à une table habituellement abonnée que dis-je dévouée au boucher de Beaufort. C'est la mer qui fait son entrée à table. Pied de nez à la vallée, aux myrtilles, au veau de race tarine que l'on a vendu hier pour 80€.

Comment est-il arrivé là ? Par un employé de mairie, ou de l'office du tourisme, on ne sait pas exactement. Il faut brouiller les pistes. Il a des contacts fréquents avec Cancale, ville jumelée d'Ille et Vilaine, en région Bretagne. Contacts privilégiés qui valent un échange de marchandises, de délicieux mets, entre deux villes françaises. Le confinement français en toute sa splendeur. Pas question de ne pas déguster. De se passer de fruits de mer quand le coeur nous en dit.

Il existe donc une diagonale Cancale - Les Saisies, un marché noir, avec des homards qui voyagent et des huitres qui ne sauraient tarder à être ouvertes face aux sommets.