Tuesday, July 21, 2020

boo

Une activité reposante. Se reposer en s'activant. Sur un clavier. Je ne sais pas si ça marche - monter et descendre des marches, marcher, ce serait mieux - mais ça contrebalance une journée à écrire des mails, à faire rentrer des mots dans des cellules et des slides. Et ça, c'est important.

Ce n'est pas parce que l'on utilise les mots comme des outils que l'on doit les traiter de la sorte, en bullet points et consorts. Voyez dans ce billet une offense "de posture", un constat fatigué. Ils ont la bougeotte, les mots !!!

Avec les mots, je suis sensible. Par moment ils viennent s'emmêler sur ma langue et je sors des syllabes bizarres, surtout à la fin de la journée. Et c'est à ce moment là, quand ça déraille un peu, que je me rends soudain compte que j'ai passé la journée à leur faire faire des tours et des pirouettes pas possibles, en français, en anglais, pour des clients, des collègues et la caissière et le serveur. Même à destination du chériboo ça sonne factice. Alors on s'improvise télépathes, juste le temps que nos deux regards se trouvent et relâchent toute la tension, comme une bonne pression d'acupuncture. C'est le shiatsu du regard, la thérapie amoureuse.

Je pense que l'on entend rien qu'en prononçant le mot "amour" qu'il est le parfait antidote à "douleur". D'autres relieraient sûrement autrement ces deux mots, avec d'étranges chaînes de cause à effet que l'on entend cliqueter. Pas moi.

La fatigue remet les mots sur le tapis, le sommeil remettra les idées en place.
Et le charme de boo soufflera sur le reste.

Sunday, May 31, 2020

calme

Le boucan des champs, des bouquets en fleurs, les cigales infernales, les oisillons gourmands, des mouches qui tournent, les cloches des vaches. Toutes les quelques minutes, un motard rugit, penché dans l'épingle à cheveux. Les bruits de la montagne au début de l'été.

Je suis seule aujourd'hui, au "calme". La solitude déclenche des avalanches de pensées, des ramifications de questions, des projections, des envies, des évidences et des grands flous.

Il faut les deux, la foule, même toute relative. Et la houle d'un esprit livré à lui même, qui ressasse, divague, et part à l'assaut des digues.

Thursday, May 28, 2020

grouille

Les nouvelles grimpent le col et déboulent dans la vallée.
Mon ventre (Bill the Belly le bien nourri) gargouille.
Les confinés grouillent à nouveau en dehors des habitacles.
Par grappes de 10, pas plus, grappes lâches, s'agrippant à rien d'autre qu'à leurs barrières de gestes.
La ville est aussi crainte qu'une fourmilière par un derrière piqueniquant.
Où se poser ces prochaines années ?
Où se reposer après tout ça ?

Friday, May 1, 2020

homard

C'est l'histoire d'un homard en Savoie, arrivé par la poste depuis Cancale, apparemment bien conditionné, puisqu'arrivé vivant, les pinces mobiles.

Je ne l'ai pas vu, juste en photo. Il faisait la fierté d'un chalet pas loin du nôtre. Nous formons une petite communauté, avec des chalets en sous catégories. Les habitants des différents chalets se croisent sans cesse comme par hasard, lors de promenades, lors d'un marché au village ou le soir pour des dîners non-autorisés par le gouvernement. On y mange très bien, dans cette communauté de chalets.

Et donc le homard, tout rouge, cuit dès son débarquement au col des Saisies (habile clin d'oeil à l'Histoire), pour être dégusté le lendemain à une table habituellement abonnée que dis-je dévouée au boucher de Beaufort. C'est la mer qui fait son entrée à table. Pied de nez à la vallée, aux myrtilles, au veau de race tarine que l'on a vendu hier pour 80€.

Comment est-il arrivé là ? Par un employé de mairie, ou de l'office du tourisme, on ne sait pas exactement. Il faut brouiller les pistes. Il a des contacts fréquents avec Cancale, ville jumelée d'Ille et Vilaine, en région Bretagne. Contacts privilégiés qui valent un échange de marchandises, de délicieux mets, entre deux villes françaises. Le confinement français en toute sa splendeur. Pas question de ne pas déguster. De se passer de fruits de mer quand le coeur nous en dit.

Il existe donc une diagonale Cancale - Les Saisies, un marché noir, avec des homards qui voyagent et des huitres qui ne sauraient tarder à être ouvertes face aux sommets.

Tuesday, April 28, 2020

brume

Passer la trentaine en quarantaine.
Tout cela rime beaucoup trop avec bedaine.

La pluie est venue, mais elle ne tient pas le rôle principal, ce n'est pas par là qu'il faut commencer pour raconter le temps qu'il fait. Les montagnes sont escamotées, toutes, et derrière le chalet, au bout du chemin vers la forêt (quelle forêt ?) la brume fournit une finition falaise abrupte - au-delà, le néant blanc. Les bancs de brume remontent par cran, comme intrigués par notre activité (relative) à l'intérieur du chalet. Des fantômes brumisés.

Saturday, April 25, 2020

chrysalide

Un confinement chrysalide - moi-même ne sais pas très bien ce qui se trame, ce qui mûrit. Des forces se réveillent, des pensées se mettent en place, depuis le temps ! Mais aussi dans le temps et grâce au temps. Tout est un bain de temps. L'impatience s'écrase sur les plages comme des vagues fougueuses. Rien ne sert de courir, il faut mûrir à point.

Ce matin, le grincement du rasoir m'a fait penser au cri des mouettes. 

Ce matin, dans la boîte aux lettres en haut du chemin, un deux trois quatre cinq livres m'attendaient. Je m'occupe de l'accueil des nouveaux arrivants. 

avril

Sur un fil avril avance, assez sûr de lui et d'où il va. Ce mois bizarre qui commence par ne pas se prendre au sérieux prend ici tout son intérêt : amarrer le printemps et repousser la neige. Les montagnes sont tigrées, marbrées, décorées par ce qui reste et par ce qui part. Elles sont solides, elles ont bon dos. Et nous, nous sommes toujours au chalet, quelque part dans le Beaufortain.

Temps merveilleux, anxieux de décevoir et en même temps très désinvolte : j'enverrai la pluie quand j'en aurais envie, pas avant. Résultat, l'air se charge et les mouches tournent.

Une respiration que je voudrais libérer, qui parfois se bloque, sensible et superstitieuse.

Au moins les mots me reviennent, comme les pissenlits jaune vif qui jaillissent de toutes parts.

Bouquets.

Wednesday, January 22, 2020

°

L'heure creuse, en son nom,
promet déjà d'être heureuse.

Elle est creuse par artisan.
L'heure fait son bol
et coule le temps.

Pas de côté, retard ou imprévu.
Un chat aussi pourrait y tremper sa langue.

Thursday, December 26, 2019

cymbales

Vacances remplies de mots comme des cales porte, des cales dans les chaussures et sous le pied de chaise. Des mots pour équilibrer, rendre tout ça moins bancal. Je flotte à nouveau dans ma peau et je n'aime pas ça, ce rétrécissement de l'être qui laisse passer les idées noires comme des courants d'air sous-cutanés.

Des mots. Jusqu'où s'y perdre ? Jusqu'où s'y sauver ?
Jusqu'à grandir en soi-même, suffisamment pour serrer la main au monde, franchement. Y compris à ses parents.

"Lire est une violence de vie" dit Christian Bobin. Il dit aussi que "les livres sont des âmes".

Écrire ? "Frapper l'une contre l'autre deux cymbales de silence."
Symphonie de Noël.

Tuesday, September 3, 2019

Notes floues

La bascule, le tournant amorcé. Déjà septembre, plus août, plus tout à fait l'été. Prise par surprise, par la fraîcheur du matin et une autre lumière. Comme tous les ans, c'est le grand bain de sentiments, de nostalgie sans raison précise, de mélancolie vague (c'est jamais très précis non plus, la mélancolie), le flou de l'âme, le coeur étonné de tant fonctionner et de continuer déterminé. Ça en est presque douloureux si ce n'était pas aussi bon signe. J'aime.

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Bonheur = se lever de bonne heure (s'étant couché tôt)
C'est pas sorcier