Wednesday, March 16, 2022

it's a job

Avant le lever du soleil, alors que les montagnes sont d’un bleu gris brumeux, juste avant, quatre cygnes blancs arrivent en volant et viennent se poser sur la pelouse du Pâquier. Atterrissage synchronisé. Ils sont en avance sur les touristes et les petits vieux, sur les poussettes et les sportifs, ils replient leurs ailes, étirent leurs cous et se dégourdissent les pattes palmées. Plus tard, ils se feront chasser, amadouer, admirer, prendre en photo, prendre en grippe. Pour quelques miettes à peine. Juste assez pour développer une probable intolérance au gluten. Mais là, sur l’herbe givrée, ils sont seuls à quatre, maîtres des lieux, arrivés avant le soleil. 

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Les déménagements font rêver. Depuis que je suis arrivée ici, je rêve pour deux. Ce matin, je me suis réveillée avec une vision très nette de quatre manteaux sombres : un noir, un bleu marine, un marron et un vert bouteille. Toute une collection automne-hiver. Des manteaux élégants, en laine, qui habillent des gens distingués quand ils vont par exemple à l’Opéra. Ces manteaux étaient portés, mais ils avaient plus de poids que les personnes, le rapport était inversé. Mouillés par la pluie, détrempés en fait, ils étaient sur les épaules ou par-dessus le bras d’hommes, de femmes. Ils n’avaient pas eu le temps de sécher au vestiaire. Dans mon rêve, les hommes et les femmes, quatre en tout, sont encore dans le brouillard de l’Opéra auquel ils viennent d’assister, les yeux lourds, les traits chiffonnés par l’obscurité. Ils ne se rendent pas compte tout de suite qu’il y a eu permutation, que leurs manteaux ne sont pas les bons. Une main palpe les poches à la recherche d’un mouchoir et tombe sur un billet d’Opéra humide de pluie ou de pleurs, s’étonne de le trouver aussi imbibé alors qu’il était à l’abri du manteau. Une autre main examine la bordure, il doit y avoir un trou dans la poche, il en ressort un stylo qui s’était niché dans l’ourlet. Dessus, un nom d’hôtel autrichien qui ne lui dit rien. L’une des femmes incline sa nuque pour sentir le large col et découvre une odeur de parfum boisé, de poussière, de weekend en voyage, de grands restaurants et de marches nocturnes, avec des chaussures dont les talons claquent. Infidélités. Réverbères. Bar tabac. Et pourquoi pas ? 

Thursday, November 4, 2021

moby dick

Un vieux monsieur avec un sac en plastique blanc qui colle son téléphone portable à l'oreille, il se positionne pile face à la porte du métro qui s'ouvre. Les gens sortent sur le quai comme les mots d'une grande gueule. Il n'entend plus rien, ne bouge pas, laisse s'écouler le flot avant de viser le premier siège libre et de reprendre sa conversation dans le ventre de la rame.

Thursday, September 30, 2021

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L'automne est là et aujourd'hui il rayonne. Il m'invite à être plus rigoureuse dans mes prescriptions : 3 pages de Virginia Woolf tous les matins. Assez pour faire des merveilles et sauver la journée.

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Elle est à la mode, Virginia... Qu'en aurait-elle pensé ? En tout cas, à quelque chose newsletter est bon. Car grâce à celle de Chanel, j'ai découvert Jeanette Winterson, qui parle si bien d'elle. Et de la condition de celle qui écrit. 

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Ne pas jouer à Tetris avec son temps, mettre des coups de coude dans son agenda, dès le matin, coudées franches, et se réjouir de s'entendre penser à tout et rien.

Tuesday, September 28, 2021

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Je sais que je vais quitter Paris dans pas longtemps. Alors je suis piétonne autant que je peux. Après avoir tant été cycliste ! L'un n'empêche pas l'autre - enfin, depuis la fin du confinement, il y a débat... Cette ville ne se dévoile vraiment qu'à celui qui l'arpente. 

J'y plonge et je suis surprise à quel point elle m'est devenue familière. Prenons le boulevard Magenta, il est devenu un maître étalon, en y passant je mesure les écarts, les avancées de ma propre vie. Toutes les petites rues perpendiculaires, où des enfants jouent en terrain complètement inapproprié en criant des phrases d'adultes, où l'on risque de se prendre la pluie d'un géranium et le trottoir en prime parce que justement la bande de ciel accessible était mouchetée... 

C'est un labyrinthe dont le plan s'est imprimé en moi, j'y marche au radar, de préférence les mains dans les poches, en tout cas sans sac, pitié, pas de sac. Légère et sportive si en basket, légère et fière si en talons. Quelle ville de pourris gâtés. Où l'on se fait livrer des plats pour son chat, où arrivent des huitres de Cancale et où les vins naturels coulent en terrasse. Quelle ville pour encaisser autant de destins, ouvrant, fermant, ouvrant des portes parallèles partout. Tout est si compact, le soir la poudre de Paris teinte grisâtre ne s'enlève qu'après trois cotons imbibés. 

Paris à grands pas, qui sait tant de choses sur moi que j'en frémis. Combien de mois nous reste-il ? 

Thursday, June 10, 2021

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La chemise bleu ciel de banquier milanais, au col rigide, avec cette espèce de long pan arrière, pensé pour se coincer entre le chino et le derrière bien moulé. Pour homme ? Pour moi. Rien de tel.

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La plupart des roses jaunes ont la tête tombante de la captivité, un air vaseux, indice du degré de fête dans le vase. Le petit noeud en raffia n'y fera rien, c'est la fin d'une razzia, elles ont rendu leurs armes, entre tiges désépinées. Leurs boutons pendent par dessus le bord en tristes petite bouées. L'assiette de fruits à l'air plus vivante.

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La douceur de presque l'été et un cerveau qui ne peut pas faire autrement que de décélérer. Je suis déjà sur la bretelle, je sens l'appel des petites routes. Je rêve de platanes au fin fond du mois d'août.

Monday, May 31, 2021

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Pivoines. Les blanches, dont deux persistent à ressembler à des boules de glaces à la crème, faisant passer les trois autres archi-ouvertes pour de grosses dévergondées.

Pivoines. Les roses, offertes à Mamy, affreusement emballées par une fleuriste sur-motivée, qui dans leurs couches de film transparent ressemblaient à des barbies dans l'emballage.

Monday, May 24, 2021

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Il n'y a pas de petites joies. Aujourd'hui :

Lire le nom "Krousti Alkistis" sur la boîte aux lettres d'un voisin et imaginer un traiteur grecque au 3ème. #feta

Mettre un nom sur le générique de l'enfer qui retentit entre 3 et 9 fois par jour/nuit depuis l'étage du dessus. Je les ai coincés dans la cage d'escalier. "Excusez-moi, on craque, dites-nous, c'est quoi ?!!". Apparemment ce serait donc The Office qui nous cause des allergies auditives depuis 1 mois. #bingewatching

Saluer d'une grimace entendue en passant à vélo la petite vieille décoiffée qui promène ses chiens rue des Rondeaux - deux vies, même bourrasque, même raz-le-bol météorologique. #bigoudi

Scruter les gens installés en terrasse. Qui sont ces gens ? Avec la réouverture, le rapport de force s'est inversé, c'est l'arroseur arrosé. Les passants piétons observent ces pionniers parisiens du Perrier rondelle, objets de curiosité, juste le temps que l'on reprenne les bonnes vieilles habitudes. #paris

Sunday, May 23, 2021

jus

Je sais maintenant me servir en toute autonomie du presse-orange de Franprix - c'est à la base ce qui est prévu avec ce genre de dispositif, certes. Mais jusqu'à présent l'installation m'a toujours valu des conversations lunaires avec les équipes sur site, des mains poisseuses, des chutes de sopalin inconsidérées, des bouchons perdus, des attaques d'oranges sauteuses, etc. 

Aujourd'hui, tout allait bien. Ida, vuelta, zumo, naranja. Je craque autant pour les vitamines que pour la couleur - c'est un parfait accessoire de mode cette bouteille, surtout quand on porte quasi exclusivement du bleu marine. On aime sa forme simplissime, sa transparence, la couleur de son bouchon. C'est le soleil, la joie, la promesse d'un jour radieux. Autant vous dire que je m'agrippe à cette bouteille ! 

(Ça me fait penser : c'est un peu le genre d'effet que me font les sacs en papier kraft dans les films américains, qui font rêver de matins à Manhattan, quand il ou elle va faire des courses sommaires un dimanche matin en jogging et rapporte le café.)

J'en reviens au jus : une baby bouteille pour moi, mon baby à moi étant à la montagne ce weekend, et du coup un signe faussé à ce passant qui me scrute et doit se dire "célibataire, petite bouteille en solo, pas de doute". Héhé. 

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Sagesses d'un dimanche

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Tu sais qu'une cuisine est sale (ou que tu es très paresseux) quand tu dois d'abord laver l'éponge avant de laver la vaisselle.

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Tu sais que tu es fatigué quand tu hésites plus de 5 secondes entre apporter d'abord le beurre sur la table ou plutôt le café. Tu as oublié en chemin que tu avais deux mains.

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Tu sais que tu n'es déjà plus qui tu pensais être quand tu lâches plus de 3 livres consécutifs après les 20 premières pages.