Thursday, January 28, 2021

sol

Quand il pleut sur la neige, il y a une précipitation en trop.

Personne n'aime une pluie trop pressée de tomber - ce n'est pas comme si le sol l'attendait. Il a déjà son manteau neigeux et réagit très mal à la pression de manière générale. Déjà qu'il passe pour avalancheux, il ne voudrait pas en plus se coltiner une réputation de veille bouillasse. La pluie n'en a rien à cirer et continue de tomber en traits continus aussi raides que des cheveux trempés. Ambiance.

#mariepierreplanchon

Monday, January 4, 2021

mythe

Beethoven nous a suivis à Paris. Il nous calme, ici aussi. Un retour à la capitale qui ne semble pas du tout capitale dans nos vies. La fin des vacances, le vague à l'âme. Quel est déjà notre travail ? Après deux semaines à la montagne, comme deux wagons raccrochés au train du confinement, avec des randonnées à ski tous les jours, un feu qui crépite, la neige qui grince, des grandes tablées, des grands sommets... on ne se rappelle plus. 

Le Mont-Blanc ne s'est pas montré, ou à peine. Un mythe. Mont-Blanc, existes-tu seulement ? Nous reviendrons vérifier en février.

Thursday, December 31, 2020

Patti 2

Rodin and Michelangelo - A Study In Artistic Inspiration. Une exposition de 1997 au Philadelphia Museum of Art. L'affiche est le point de lumière, point de fuite de notre chambre au chalet. Les deux corps, statues blanches sublimement entrelacées, abandonnées en un baiser plongeant, sur un fond noir. Merveille.

Michelangelo, le dernier mot de Just Kids. Patti Smith s'est invitée dans mon paysage intérieur et j'en suis si heureuse. Je la suis sur Instagram depuis hier, je ne suis pas habituée à pouvoir m'abonner ainsi à un auteur dont rien que le pallier, l'entrée, les premiers escaliers de l'œuvre-maison m'enchantent. 

Elle a tant rêvé la France, arpenté Paris, aimé Rimbaud... Et elle me fait rêver d'Amérique. 

Demain, 2021.

Wednesday, December 30, 2020

parozan

Nouvelle journée, nouvelle rando - à ski. S'arracher d'Arèches pour monter à Rocheplane - un sommet ni plane ni plat. Il y a quand même des roches enfouies sous la neige. Neige qui sur le capot noir de la BM dévoile ses merveilleux cristaux à qui veut bien y regarder de plus près. J'avais le nez dessus en voulant m'étirer l'arrière des jambes. Quelle minuscule architecture qui recouvre pourtant si efficacement tout un paysage. 

"C'est pas winter wonderland ton truc, c'est un training camp !" 1 100 m de dénivelé. Ça parle fixations (certains font même une fixation sur ce sujet), cales, peaux, thermos, grany, moufle et masque. 

Souvenir flash : la brèche de Parozan flottant dans le brouillard comme un château fort ensorcelé. 

En voiture, entendu Beethoven (Ludwig van), Debussy et Chopin. France Musique fait copain copain et calme les frères, soeurs et consorts. 

15 tranches très très fines de jambon cru, 15 autres tranches de jambon blanc, et tant pis pour la finesse. La commande à Didier, le boucher de Beaufort qui peine à se repérer dans les ramifications familiales. 2 salades au huit à huit et retour à la case chalet.

Demain, c'est le 31. On se voit le 32 ?

Tuesday, December 29, 2020

orgueil et orteil gelé

Zwischen den Jahren, alle Jahre wieder. 

Und dieses Jahr ganz nouveau : le ski de rando. 

C'est le majeur de la main droite qui le premier devient blanc. Ensuite c'est le majeur du pied - si ce terme s'applique aux extrémités inférieures. Puis les copains de droite. Le gros orteil gauche trinque le plus, à en devenir violet dans l'ongle. Le froid cogne. La montée frotte. La descente - aucune idée de ce qui se passe, occupée à tourner, à connecter ma tête et mes jambes. Le haut du corps face à la pente. Les mains comme si je conduisais une voiture. Ensuite, comme si je boxais légèrement, à chaque virage. Tchac, tchac, tchac. Planté de bâton. Rebond, rotation. En poudreuse, prendre de la vitesse pour manœuvrer. Cuisses et hanches engagées, au-dessus des fixations. "C'est contre intuitif mais sinon tu as l'air constipée". Souples, les articulations, souples. Vas-y, fais-toi confiance. Ne sois pas crispée. Ok, je veux bien, mais je aaaaaaaaaargh !

Patti 1

Le travail bien rangé fait des ravages dans le champ des vocations. 

Illusion de stabilité, faux accomplissement, et le temps, et le temps !! qui disparaît dans les jours comme un homme en forêt et ne revient pas, engrangé, sans effet plus que ça. De l'âge pur, sans goût, du temps pilé et empilé. 

Dessous, quelqu'un - le rêveur et sa pelle, le rêveur et son échelle - sans relâche s'élève en perce-neige.

Saturday, October 31, 2020

cosi

Nous sommes arrivés mercredi tard dans la nuit. De retour à la case chalet, a la casa confinement. Autour, une nature impartiale qui se laisse glisser sur la pente dorée de l'automne. On l'observe, on la contemple, alors qu'en fait de nous deux c'est elle qui doit rire de nos agitations. La montagne tout de suite révèle plus fortement ce qui fait le propre (et le sale ?) de notre petite humanité.

En promenade, T me raconte la vidéo qu'il a vu, d'un trou noir qui aurait englouti une étoile. Ou alors l'histoire d'une étoile avalée par un trou noir. Une histoire de cosmos affamé. Glups.

Certains arbres, certaines feuilles, sont comme des pièces d'or toute fines, des médailles, des hosties, qui virevoltent et attrapent vent et lumière, dansantes sur leurs branches qui bougent plus lentement qu'elles. Pas de chorégraphe, mais quelle association de rythmes... Les castagnettes aériennes autour d'un lent balancement de hanches.

Les marins doivent, je crois, connaître l'heure qu'il est et leur position précise pour ensuite mesurer leur vitesse de croisière. Ici nous allons rester sensiblement au même endroit pendant au moins un mois. Les secondes, les minutes, les heures vont défiler comme d'habitude. Je me demande quelles distances intérieures nous allons parcourir. 

Saturday, September 12, 2020

tente

Entre 7h30 et 8h le temps gît devant moi comme une bâche de tente qui ne sait pas encore ce qu'elle abrite. Affaissée, absente, mais marquant déjà le sol de son intention.

L'enfer est pavé de bonnes intentions ? Ni bonnes ni mauvaises - l'état de ma volonté, une tente affalée dans le couloir dont j'ai tout le loisir d'observer les plis épais absorber les premiers rayons du matin. Il fera chaud là dedans.

On ne m'a jamais appris à monter une tente de temps. Elle a un air de temps mort. Alors qu'elle est animale.

Elle veut partir en expédition.

Tuesday, August 18, 2020

toute girolle

Gagnée par la montagne ou rendue à la montagne. Syndrome de Stockholm qui me fait aimer mon lieu de confinement. La comparaison s'arrête là, nulle autre prison que mon propre mental, au contraire, des sommets partout, encourageants à ouvrir tout en grand et à laisser circuler les soucis comme les nuages, tout est de passage et cela fait partie de la beauté de ce... de cette... vie ! Dans laquelle nous sommes, toujours nous-même, et à chaque instant différents. 

La montagne rend spirituelle. La montagne rend philosophe. La montagne fait ressentir ce que c'est d'être vivant, d'être terrien. C'est le propre des grands espaces, de la nature quand elle n'est pas bétonnée. Pas besoin de retraite de Yoga à Majorque pour s'en rendre compte. 

Et puis le ciel étoilé. Et puis la rosée du matin. Et puis l'ombre des nuages sur l'herbe. Et puis le Mont-Blanc qui joue à cache cache. Et puis le vert qui vire au jaune sur les sommets dégarnis. Et puis les framboises. Et puis les girolles. Et puis le linge au balcon du chalet. Et puis la lumière de 20h16. Et puis... 

Voilà, la montagne. 

Tuesday, August 4, 2020

je vois

Un arbre seul, constitué de deux troncs qui se suivent sur toute la longueur, bien 6 mètres, qui forment une arche. Ils sont courbés par le vent, habillés de branches et de feuilles, comme seuls savent s'habiller les arbres.

L'arbre est noir contre le ciel du soir, qui lui est très lumineux, qui est en fait une immense toile de clarté au dégradé du orange au bleu, d'un bon goût absolu.

Royaume célébré au coucher du soleil, quand le soleil envoie la lumière en émissaire pour un salut final.