Friday, April 29, 2022

-

Les fleurs du marché tiennent exactement une semaine avant de perdre les pétales. C'est fou ce qu'elles donnent tout, en captivité dans leur vase, couleur et grand écartement, comme si elles criaient. Demain, elles iront au compost, et laisseront la place à de nouvelles pensionnaires. Ce qu'on ne ferait pas pour un peu de joie, quand on ne touche plus terre... 

Tuesday, April 26, 2022

*

Entre glycines et lilas, c'est le grand cinéma. Les rues sont parfumées, dans les jardins, les branches lourdes de fleurs, de pluie et de grappes qui gouttent. Une réponse verte, massive, franche, à tous les états d'âme, ovationnée de blanc et de rose. J'imagine Hockney qui dérape sur son iPad, ivre de printemps.

Thursday, April 14, 2022

/

Paris et ses angles d'immeubles perchés qui prennent le soleil plus longtemps que le commun des mortels, qui trottent en contre-bas. Ce serait dommage de passer une vie à se passer de vue : il faut monter dans les étages pour caresser les murs du regard et le laisser glisser vers le ciel. 

Monday, March 21, 2022

x

J'ai une conjonctivite à l'oeil gauche, photosensible. Pratique : le soleil se couche à droite, je peux continuer à regarder le lac en face l'après-midi. A partir de ce diagnostic, saurez-vous deviner sur quelle "plage" annécienne je me trouve ?

Oui, je mets des guillemets. Il faut me laisser un peu de temps, je n'en suis pas encore au stade où j'appelle "plage" du gazon où paissent (du verbe paître) des canards. 

/

Reprise de l'italien et de mes galères de grammaires. Tout beau, tout chantant, je conjugue lentement. En attendant impatiemment un voyage à Turin pour envoyer des rasades de phrases, ouvertes comme des fenêtres qui claquent au vent. Eh !

Thursday, March 17, 2022

/

Dehors le ciel est gris, dedans ça sent le gateau. Je ne ressortirai pas, je reste dans le ventre de l'appartement, proche de la cuisine. Ressortissante d'un état gourmand que le reste du monde fatigue. C'est l'effet printemps, qui comme tous les ans m'épuise à avoir tant de ressources, alors que je suis vidée par l'hiver. Des oiseaux piaillent comme des dingues parce qu'ils doivent sentir l'orage arriver, leur concerto traverse les vitres. J'ai fermé les fenêtres alors qu'il fait doux, mais dedans plus doux encore. Chauffage à zéro, four à 170° (car chaleur tournante). Je suis en compagnie de cinq jonquilles qui se sont déjà ouvertes depuis que je les ai achetées, avec aussi un bouquet de tulipes mélangées, mauves. Tout ça a coûté beaucoup trop cher, mais c'est beau. Il reste aussi quelques oeillets un peu desséchés, courts sur pattes. J'ai mis une alarme pour ne pas que le gâteau crame, mais c'est toujours quand j'ai mis une alarme que j'y pense 30 secondes avant que ça ne sonne. Ça sonne.

Wednesday, March 16, 2022

it's a job

Avant le lever du soleil, alors que les montagnes sont d’un bleu gris brumeux, juste avant, quatre cygnes blancs arrivent en volant et viennent se poser sur la pelouse du Pâquier. Atterrissage synchronisé. Ils sont en avance sur les touristes et les petits vieux, sur les poussettes et les sportifs, ils replient leurs ailes, étirent leurs cous et se dégourdissent les pattes palmées. Plus tard, ils se feront chasser, amadouer, admirer, prendre en photo, prendre en grippe. Pour quelques miettes à peine. Juste assez pour développer une probable intolérance au gluten. Mais là, sur l’herbe givrée, ils sont seuls à quatre, maîtres des lieux, arrivés avant le soleil. 

?

Les déménagements font rêver. Depuis que je suis arrivée ici, je rêve pour deux. Ce matin, je me suis réveillée avec une vision très nette de quatre manteaux sombres : un noir, un bleu marine, un marron et un vert bouteille. Toute une collection automne-hiver. Des manteaux élégants, en laine, qui habillent des gens distingués quand ils vont par exemple à l’Opéra. Ces manteaux étaient portés, mais ils avaient plus de poids que les personnes, le rapport était inversé. Mouillés par la pluie, détrempés en fait, ils étaient sur les épaules ou par-dessus le bras d’hommes, de femmes. Ils n’avaient pas eu le temps de sécher au vestiaire. Dans mon rêve, les hommes et les femmes, quatre en tout, sont encore dans le brouillard de l’Opéra auquel ils viennent d’assister, les yeux lourds, les traits chiffonnés par l’obscurité. Ils ne se rendent pas compte tout de suite qu’il y a eu permutation, que leurs manteaux ne sont pas les bons. Une main palpe les poches à la recherche d’un mouchoir et tombe sur un billet d’Opéra humide de pluie ou de pleurs, s’étonne de le trouver aussi imbibé alors qu’il était à l’abri du manteau. Une autre main examine la bordure, il doit y avoir un trou dans la poche, il en ressort un stylo qui s’était niché dans l’ourlet. Dessus, un nom d’hôtel autrichien qui ne lui dit rien. L’une des femmes incline sa nuque pour sentir le large col et découvre une odeur de parfum boisé, de poussière, de weekend en voyage, de grands restaurants et de marches nocturnes, avec des chaussures dont les talons claquent. Infidélités. Réverbères. Bar tabac. Et pourquoi pas ? 

Thursday, November 4, 2021

moby dick

Un vieux monsieur avec un sac en plastique blanc qui colle son téléphone portable à l'oreille, il se positionne pile face à la porte du métro qui s'ouvre. Les gens sortent sur le quai comme les mots d'une grande gueule. Il n'entend plus rien, ne bouge pas, laisse s'écouler le flot avant de viser le premier siège libre et de reprendre sa conversation dans le ventre de la rame.

Thursday, September 30, 2021

3

L'automne est là et aujourd'hui il rayonne. Il m'invite à être plus rigoureuse dans mes prescriptions : 3 pages de Virginia Woolf tous les matins. Assez pour faire des merveilles et sauver la journée.

-

Elle est à la mode, Virginia... Qu'en aurait-elle pensé ? En tout cas, à quelque chose newsletter est bon. Car grâce à celle de Chanel, j'ai découvert Jeanette Winterson, qui parle si bien d'elle. Et de la condition de celle qui écrit. 

-

Ne pas jouer à Tetris avec son temps, mettre des coups de coude dans son agenda, dès le matin, coudées franches, et se réjouir de s'entendre penser à tout et rien.

Tuesday, September 28, 2021

^

Je sais que je vais quitter Paris dans pas longtemps. Alors je suis piétonne autant que je peux. Après avoir tant été cycliste ! L'un n'empêche pas l'autre - enfin, depuis la fin du confinement, il y a débat... Cette ville ne se dévoile vraiment qu'à celui qui l'arpente. 

J'y plonge et je suis surprise à quel point elle m'est devenue familière. Prenons le boulevard Magenta, il est devenu un maître étalon, en y passant je mesure les écarts, les avancées de ma propre vie. Toutes les petites rues perpendiculaires, où des enfants jouent en terrain complètement inapproprié en criant des phrases d'adultes, où l'on risque de se prendre la pluie d'un géranium et le trottoir en prime parce que justement la bande de ciel accessible était mouchetée... 

C'est un labyrinthe dont le plan s'est imprimé en moi, j'y marche au radar, de préférence les mains dans les poches, en tout cas sans sac, pitié, pas de sac. Légère et sportive si en basket, légère et fière si en talons. Quelle ville de pourris gâtés. Où l'on se fait livrer des plats pour son chat, où arrivent des huitres de Cancale et où les vins naturels coulent en terrasse. Quelle ville pour encaisser autant de destins, ouvrant, fermant, ouvrant des portes parallèles partout. Tout est si compact, le soir la poudre de Paris teinte grisâtre ne s'enlève qu'après trois cotons imbibés. 

Paris à grands pas, qui sait tant de choses sur moi que j'en frémis. Combien de mois nous reste-il ?